Témoignage espagnol_ Carmen ARJONA


Carmen

Dans quelque instant le témoignage va commencer

Vivre en exil

Mes parents étaient tous les deux Andalous et se sont rencontrés en Catalogne. Mon père est parti, en juillet 1957, avec un contrat de travail de 5 ans, pour travailler dans les mines en Belgique. Ma mère l’a rejoint trois mois plus tard avec ma sœur. Ils voulaient, je pense, avoir un peu d’argent pour créer quelque chose en Espagne.

Nous étions imbriqués dans une culture espagnole. Nos amis, de la communauté espagnole, réfugiés de l’ONU qui avaient fui l’Espagne pendant la guerre, étaient politisés.

Malheureusement mon père est décédé et ma mère a décidé, en tant que jeune veuve avec deux enfants en bas âges, de ne pas retourner en Espagne, parce que cette situation, sous Franco, n’était pas viable.

Du côté des Républicains

Mon grand-père paternel a été arrêté par les troupes de Franco. Il a été porté disparu. Ma grand-mère n’a pas voulu reconnaitre son décès quand on est venu lui dire que son mari était mort. Elle a dit « Apportez-moi son corps, qu’on puisse l’enterrer ». On ne lui a jamais ramené.

Lorsqu’on entre à l’école

J’ai toujours eu une orthographe exécrable malgré une très bonne connaissance de la grammaire française. J’ai tout fait pour m’améliorer mais ça ne marchait pas. Je me souviens d’un professeur de géographie qui m’a dit un jour en me rendant un contrôle « c’est normal que tu fasses plein de fautes d’orthographe, tu es étrangère ». Tu es étrangère…

Lorsqu’on entre au collège et au lycée, on arrive dans un milieu où on parle davantage d’Histoire, de systèmes politiques. On entend parler d’immigration, de réfugiés, de guerre et on est confronté à nos origines. On sait qu’il y a une dictature dans notre pays d’origine et on sait ce que cela signifie. Et on a des copains qui disent « moi, mes parents ne veulent pas qu’on aille en Espagne parce que c’est une Dictature ». Et on se sent gêné parce qu’on est espagnol et que, nous, on y va en Espagne ! Mais lorsqu’on y est, on ne pense pas « dictature », on pense « famille ». C’est une gêne qui fait mal.

C’était mes racines

Je suis venue en France et je me suis mariée, ici à Créteil, en décembre 1987. Je suis liégeoise et espagnole mais également cristolienne. J’ai peut-être bien fait mon petit nid. J’ai involontairement communiqué à mes enfants ma culture liégeoise alors que j’ai souhaité transmettre ma culture espagnole. Lorsque ma première fille est née, je lui ai parlé, jusqu’à ce qu’elle entre à l’école maternelle, exclusivement en Espagnol. Avec le temps, je prends conscience que mes enfants ont hérité de la diversité de mes cultures.

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