Témoignage espagnol_ Laurent CATHALA

Député Maire

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Dans quelque instant le témoignage va commencer

Vivre en exil

Celui qui m’a le plus marqué, de par son histoire militante, c’est mon grand-père, davantage que mon père, même si ce dernier a été un militant socialiste de la première heure. Parce que mon grand-père avait fait la guerre d’Espagne, j’ai été amené à discuter avec lui de ces périodes difficiles. Après une première période pendant laquelle il avait été incarcéré à la prison des Baumettes, il a trouvé du travail dans une propriété viticole et il a fait venir la famille pour s’établir dans le sud. Ils étaient logés dans des conditions très modestes. Je l’ai vu vivre en exil. Il était accueilli en France, mais ses racines étaient toutes en Espagne, avec ce que cela implique comme déracinement et comme difficultés matérielles.

Du côté des Républicains

Mon grand-père était catalan. Il était employé agricole. Il travaillait les champs, les oliviers… Il a participé à la guerre d’Espagne dans les rangs de la FAI, la Fédération Anarchique Ibérique qui était, si on peut dire, la branche armée de la CNT, la Confédération Nationale du Travail. Mon grand-père était d’inspiration très libertaire. Plus libertaire que marxiste ou autre chose. Je pense que cela lui est venu par lui-même. Il a combattu le Franquisme jusqu’au dernier jour… Ceux qui étaient proches de la frontière servaient un peu de passeur pour ceux qui venaient de beaucoup plus loin et les passeurs passaient les derniers. Ce fut le cas de mon grand-père.

Il a été accueilli comme tous les réfugiés politiques à Argelès. Les autorités françaises avaient du mal à distinguer ceux qui faisaient partie de l’engagement militant et ceux qui étaient plus liés à des actes de guerre, qu’on appellerait aujourd’hui, terrorisme. Mon grand-père s’est retrouvé, à la fin de la Guerre d’Espagne, pendant quelques semaines ou quelques mois à Marseille, aux Baumettes, avec des Droits communs, alors qu’il n’avait rien à y faire. Le portait de ma mère a été peint en prison, aux Baumettes, par un codétenu, à partir d’une photo que possédait mon grand-père.

Il s’est donc installé ensuite dans les Corbières. Les repas de famille retraçaient le parcours militant de mon grand-père, avec tout ce que cela avait de généreux, de dur aussi, les trahisons, tout ce qu’on peut évoquer dans des périodes comme celle-là. Il y avait des rites. A la fin du repas, par exemple, il chantait des chansons révolutionnaires. De sa vie, il n’a pas pu retourner en Espagne. D’ailleurs, par conviction, personne de la famille n’y est allé tant que Franco était au pouvoir.

Le clergé des riches, le clergé des pauvres

Ce qui m’a marqué et qui me marque encore aujourd’hui dans mon action, c’est que mon grand-père bouffait un curé chaque matin ! Il en mangeait un au petit déjeuner, un au dîner, il était anticlérical comme les anars. Il m’a raconté que c’était un « capellan », un curé du village qui l’avait caché dans la Sacristie et qui lui a ainsi sauvé la vie. Les franquistes n’auraient jamais soupçonné un curé de pouvoir cacher un Républicain. Il disait que ce curé était différent des autres : « celui du patelin était gentil ». Moi, je pense que cela prouve que, dans la vie, il ne faut pas être trop intolérant. Tout n’est pas blanc ou noir.

C’était mes racines

Mon grand-père s’appelait « Llaonetta ». Le Llaon c’est l’étain ce qui a fait dire un jour au Maire de Mataró, ville jumelé avec Créteil, et qui était un chercheur à l’université, que j’avais des origines juives marranes.

Dans mon parcours politique j’ai souvent pensé à mon grand-père. Je ne me suis pas forcément référé à lui, mais j’ai souvent pensé que les difficultés que nous pouvons rencontrer, à côté de celles qu’il a connues, c’est de la rigolade ! La première fois que j’ai été élu, j’ai fait envoyer un bouquet de roses là-bas, sur sa tombe…

J’espère ne jamais oublier d’où je viens. C’est très important. C’est un bonheur d’être en conformité avec des origines, des convictions et des valeurs familiales. Mon grand-père était allé au bout de ses convictions comme des milliers de républicains espagnols.

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